Sortir de l'impasse - Le débat économique par des militants socialistes

30 août 2007

Jouy-en-Josas (1) : Cotisons-nous pour offrir au président de la République un (bon) manuel de macro-économie (première année)




Le discours prononcé par le président devant un parterre du Medef (au sein duquel se trouvaient bien peu de véritables chefs d’entreprises ayant monté leur propre entreprise), ce discours jugé « historique » par Laurence Parisot, est très grave pour le pays.
Appliqué tel quel il rétrogradera la France au mieux au rang de plaque d’assemblage industriel du type de Singapour…Il semble bel et bien qu’aux yeux du chef de l’État la France soit irrémédiablement un petit pays émergent.
Premier exemple - Il a déclaré : « Je veux aller beaucoup plus loin dans l'allègement de la taxation du travail... Je veux aller plus loin dans la remise en cause de nos prélèvements fiscaux, dans la réforme fiscale ».
Nous avons très souvent écrit pourquoi il était impensable d’approcher le fonctionnement de notre économie sous l’angle exclusif des fameuses « charges » pour reprendre le vocabulaire sclérosé de l’UMP.
Parce que les dites « charges » font aussi que environ la moitié de la population française (enfants, retraités, malades, etc…mais aussi médecins, policiers, professeurs etc…) vivent et consomment. Supprimer la fiscalité, la re-donner aux très grands groupes mondialisés, cela revient à supprimer quasiment la moitié de la consommation de la France. D’un coup…. enclenchant une récession qui fera passer la crise de 1993 pour un aimable jeûne collectif. Entendez bien, gens de droite : les exportations françaises ne pourront jamais contre-balancer un tel choc. Elles pourront au mieux en absorber un petit 5ème… et encore si les entreprises ne font pas toutes faillite sous le choc provoqué par l’effondrement de la demande intérieure.
Il faut que quelqu’un dise à notre président que les consommation intérieure et l’investissement intérieur c’est 85% de notre croissance ! et que ce sont ces 85% là qu’il assassine quand il veut supprimer les prélèvements…

Nous reviendrons dans les jours qui viennent sur toutes ses déclarations : demain, la concurrence en Sarkozye…



(AFP) Les principaux points du discours de politique économique prononcé jeudi par Nicolas Sarkozy, lors de l'université d'été du Medef à Jouy-en-Josas (Yvelines):
- FONCTIONNAIRES: "Je me suis engagé à ne pas renouveler un emploi de fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Je n'y ai pas renoncé. C'est la réforme qui permettra de diminuer le nombre de postes".
"Le nombre des directeurs d'administration centrale sera divisé par deux".
- 35 HEURES: "Je veux aller beaucoup plus loin dans l'assouplissement des 35 heures pour redonner des marges de manoeuvre plus importantes à la politique salariale".
- GDF: "J'ai proposé à Suez de fusionner ses activités énergétiques avec Gaz de France et de constituer un grand groupe de gaz et d'électricité à la dimension du marché européen dont l'Etat sera l'actionnaire. Cela suppose que Suez fasse un choix stratégique en se spécialisant dans l'énergie. Il appartient maintenant à ses actionnaires d'en décider".
- PRIX: "Expliquer qu'il n'y a pas de problème de pouvoir d'achat en France, c'est se moquer du monde"
- FISCALITE: "Je veux aller beaucoup plus loin dans l'allègement de la taxation du travail. Je veux aller plus loin dans la remise en cause de nos prélèvements fiscaux, dans la réforme fiscale".
- CONTRAT DE TRAVAIL: "Je suis favorable à ce que soit ouverte la possibilité d'une séparation à l'amiable dans les entreprises, dont les conditions pourraient être fixées à l'avance"
- BCE/Euro: "On a dit +il ne faut pas parler du cours de l'euro parce que la Banque centrale européenne est indépendante+", mais "justement parce qu'elle est indépendante elle doit accepter le débat".
"Expliquer que l'euro n'a pas fait monter les prix, c'est se moquer du monde"
- BANQUES: "Jouer le jeu pour les banques, c'est ne pas prêter davantage, ou plus facilement, aux spéculateurs qu'aux entreprises et aux ménages. C'est ne pas resserrer le crédit à l'économie pour compenser les risques excessifs qu'elles ont pris sur les marchés financiers".
- JUSTICE:
"La pénalisation de notre droit des affaires est une grave erreur, je veux y mettre un terme".
"J'ai demandé à la garde des Sceaux Rachida Dati d'interdire la pratique des dénonciations anonymes".
- DISTRIBUTION: "Je veux aller beaucoup plus loin sur la concurrence pour faire baisser les prix à la consommation - je pèse mes mots - en intégrant toutes les marges arrière dans le calcul du seuil de revente à perte. Un dispositif particulier sera étudié pour les produits agricoles".
"Je ne dis pas qu'il faut ouvrir tous les magasins le dimanche, dans toutes les villes, et je comprends parfaitement que le repos dominical, ça compte. Mais au nom de quoi interdire l'ouverture à tout le monde?".


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29 août 2007

Edito de rentrée : les premiers mois en sarkozye

Au soir du 7 mai, nous savions que s’ouvrait une période triste et dégradante… mais c’est l’écœurement qui s’est installé dès les tous premiers mois.

D’abord parce jamais une telle chape de politiquement correct avait jamais étreint notre débat public : la presse étrangère (italienne, britannique, et même allemande depuis que notre président a annoncé à Mme Merkel que le couple franco-allemand, c’était « terminé ») est plus critique à l’égard de notre nouveau régime que n’importe quel media français !

Ensuite parce que l’enfermement dans l’instant imposé par le zapping politique effréné de notre président marque le triomphe final des pires dérives de la mondialisation : stopper toute réflexion et toute mobilisation en mettant la population sous dépendance de l’actualité. Le fin du fin étant de déplorer cela devant les ambassadeurs sans doute médusés de se voir sommés de répondre au « sentiment général » et « justifié» de « perte de contrôle » des Français, dans « un monde à la fois global et émietté ». La politique journalière de notre président repose pourtant sur ces deux mamelles : global (toucher tout le monde) et émiettement (ne s’attaquer à aucun véritable chantier en profondeur).

Face à cela, en cette rentrée 2007, nous sommes, nous la gauche, encore sonnés debout. Alors, oui, il va falloir travailler, beaucoup… et aussi changer.

La rénovation du PS, c’est d’abord assumer véritablement des conflits politiques au sein de l’économie – qui crèvent les yeux à tous les Français mais que nous avons refusé de poser… pour éviter de dire de quel côté on est et ce qu’on veut ! La rénovation commence là car toutes les questions que nous aurons laissées à l’abandon – les retraites, le financement de la sécurité sociale, la fiscalité – seront prises d’assaut par d’autres : les retraites par les fonds de pension qui offriront des services aux plus riches, le financement d’une sécurité sociale par des assureurs privés qui eux aussi calibreront leurs services en fonction de la rentabilité attendue. Chaque fois que le politique abandonne une place, il laisse les intérêts privés l’emporter sur les intérêts collectifs. Il est donc de notre responsabilité de nous repositionner.

Notre président a l’intention d’investir chaque semaine un nouveau sujet (il semble que ce soit même un rythme journalier actuellement) : comptez le blog : http://sortir-impasse.blogspot.com/ pour tenir le rythme, au-delà des frontières économiques.




La newsletter n°13 de SdI est accessible en cliquant sur le lien suivant : http://sortir.impasse.free.fr/Letter.htm


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28 août 2007

1er rang pour le PIB mais 42ème pour l'espérance de vie

Image : Altas portant le monde, musée archéologique de Naples


Alors que le gouvernement de François Fillon s’apprête à mettre en œuvre la franchise médicale du candidat Sarkozy, revenons sur une annonce qui nous a semblé passer inaperçue en France – mais peut-être l’avons tout simplement loupée pendant nos vacances-.

En l’espace de 20 ans, les Etats-Unis, la nation la plus riche, celle qui affiche aussi les dépenses de santé les plus élevées au monde, vient de chuter de la 11ème à la 42ème pour l’espérance de vie moyenne. Si l’obésité croissante semble être l’une des raisons de cette chute, c’est bien le système de santé qui en est la principale cause, comme l'ont reconnu la plupart des commentateurs du classement. Car 45 millions d’Américains n’ont pas de couverture médicale,s soit 15% de la population !!! Et même pour les classes dites moyennes la situation est particulièrement périlleuse. Un membre démocrate du Congrès américain déclarait récemment que « à moins de faire partie des 1% les plus riches, tout citoyen vit dans la crainte de l’accident de santé qui le ruinera ».

La 1ère à s’être saisie de la question dès 1992, c’est Hillary Clinton. A l’époque son projet a été tout simplement rejeté, jugé trop à gauche. Aujourd’hui le problème se pose avec plus d’acuité et sera sans doute au cœur du débat démocrate en vue des élections présidentielles de 2008.

Mais revenons au cas de la France. Parce que nous, gauche, avons refusé de dire clairement que pour que notre système de santé puisse offrir des soins de qualité à tous, il fallait faire des choix (nous en avons proposé certains dans la contribution « Sortir de l’Impasse »), parce que la droite s’oriente de fait vers une privatisation du système – ceux qui pourront payer auront accès à de la prévention et à des soins de qualité dans de brefs délais - , notre société prend la voie de l’américanisation, et pas pour le meilleur.


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23 août 2007

Plan de secours pour une banque publique allemande

Image : oeuvre de Joseph Beuys exposée au Museo d'Arte Contemporanea Donna Regina de Naples http://89.97.205.227/index2.html
Inscription sur l'oeuvre "Nur noch 1017 Tage bis zum Ende des Kapitalismus" (plus que 1017 jours jusqu'à la fin du capitalisme)

En moins de 3 semaines, ce sont déjà deux banques allemandes qui viennent de faire l’objet d’un plan de secours pour éviter la faillite. Et cette fois, l’affaire est d’autant moins banale qu’il s’agit d’une banque publique – la Sachsen Landesbank – (les Landesbanken ont été fondées au XIXème siècle par les autorités publiques régionales avec pour objectif d’assurer un soutien financier aux PME locales).

A nouveau se pose la question des liens entre l’emprunteur ruiné et à la rue du Texas et une banque publique allemande censée s’occuper des entreprises de sa région.

A ce sujet, nous nous permettons de reprendre l’analyse particulièrement intéressante du Financial Times. Grosso modo, tout a commencé il y a 2 ans environ avec la conjonction de 2 phénomènes : l’érosion de leurs marges sur leur marché local et surtout la perte de la garantie d’Etat (qui leur permettait d’emprunter à moindre coût sur le marché mondial. Concrètement, elles pouvaient emprunter moins cher que leurs concurrentes privées). Pour compenser ces manques à gagner, les Landesbanken ont commencé à prendre des risques sur des produits dérivés de crédit, dans ce cas des « conduits », dans l’espoir de gains supérieurs (voir nos précédents posts). C’est ainsi que la Sachsen Landesbank a octroyé 17,3 milliards de lignes de crédit face à ces conduits. Paradoxe de l’histoire : aucune des Landesbanken allemandes ne figure parmi les 30 premières banques européennes …. mais toutes font partie des 30 premiers « conduit sponsors » ! Et derrière ces conduits, se cache indirectement l’emprunteur ruiné du Texas.

Autre question : qu’a fait le régulateur ? … Qui est-il ? Alors qu’on a créé une monnaie unique en 1999, alors que les marchés ne connaissent plus de frontière, les régulateurs sont restés nationaux. En Allemagne, la régulation se partage entre la Bundesbank (pour la liquidité) et le BaFin (« Bundesanstalt für Finanzdienstleistungsaufsicht ») qui est chargé de faire appliquer la réglementation. Mais là encore les choses ne sont pas si simples : une réglementation européenne -cette fois - recommande de diversifier ses risques. Concrètement, elle recommande à une banque de faire en sorte que les lignes de crédit qu’elle accorde à une contrepartie donnée ne dépasse pas 25% de son capital. Or, selon le Financial Times, la ligne de crédit accordée par la Sachsen Landesbank à l’un des « conduits » était d’un montant égal à 11 fois son capital !

Il y aura sans doute beaucoup de conclusions à tirer de cette crise. Mais d’ores et déjà, si on ne peut que féliciter la BCE pour sa réactivité et l’ampleur des liquidités qu’elle a pu mobiliser, on ne peut que regretter l’émiettement des instances de régulation financière qui préfèrent s’enfermer dans leur cocon national plutôt qu’œuvrer à une action collective européenne. On en voit aujourd’hui les effets.

Ce manque de concertation est également perceptible sur le plan de l’Europe politique. Une des questions posées au Président du Conseil italien, Romano Prodi, lors de l’interview qu’il a accordée au quotidien de gauche la Repubblica dimanche dernier, était celle-ci : « Avez-vous échangé ces jours-ci [sur la crise] avec d’autres chefs de gouvernement européens ? ». La réponse fut « Non in questi giorni » (Non, pas ces jours-ci).

Face à cette situation, nous croyons que plus que jamais qu’il faut rapidement remettre l’Europe, politique et économique, à l’ordre du jour.


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20 août 2007

Coût de la crise financière : l'Italie l'estime à 290 euros par famille

Après avoir estimé la semaine dernière que la crise financière n’aurait pas de conséquence sur la croissance française (citée par une dépêche Reuters du 17 août), la Ministre de l’Economie a fait marche arrière et a déclaré ce matin sur BFM « ne pas savoir » si la crise allait entraver l’objectif d’une croissance à 2,25% cette année (objectif sur lequel le gouvernement a bâti son budget).

Et effectivement mieux vaut être prudent. Citée par la Repubblica de ce week-end, l’association de consommateurs italiens, Federconsumatori, évalue à 290 euros par famille le coût / manque à gagner dû à la crise financière actuelle (nous n’avons pas vu le détail du calcul).

Toujours dans le même numéro de la Repubblica, le Président du Conseil qui « ha passato i giorni di Ferragosto al telefono cercando, da vechio economista, di decifrare la crisi improvvisa dei mercati” (qui a passé tout son week-end du 15 août au téléphone, pour, en ancien économiste, comprendre cette crise soudaine des marchés financiers) livre ses premières analyses.

Il estime qu’il n’y a pas de risque propre à l’Italie parce que, « contrairement à d’autres, les banquiers se sont montrés plus prudents. […]. Il n’est pas dans notre culture d’acheter une maison sans avoir un euro, en empruntant toute la somme nécessaire, sans se préoccuper de savoir comment on remboursera le crédit ».

En revanche, il se dit préoccupé par la révélation de la faiblesse du système (financier global) « E una fragilita piu impressionnante di quanto potessimo immaginare » (c’est une fragilité plus impressionnante que ce que nous pouvions penser).

Le communiqué de presse (en italien) de l’association de Federconsumatori
http://www.federconsumatori.it/news/wysiwyg_news/newseditor/ComunicatiMostra.asp?nid=20070818173232


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10 août 2007

Dure semaine pour la finance mondiale : la BCE et la Réserve fédérale américaine viennent à la rescousse, le gouvernement français toujours silencieux

Photo d'une maison "discountée" suite à la crise du subprime




Les turbulences financières que nous soulignions il y a une semaine se sont poursuivies, et ce n’est sans doute pas fini.

Comment en est-on arrivé là ?

Tout a commencé aux Etats-Unis, au pays où l’emprunt est roi : 75% des Américains ont un crédit, soit sous la forme d’un crédit consommation, soit sous la forme d’un prêt immobilier, soit les 2. A titre de comparaison, cette proportion est de 52% en France (58% chez les moins de 30 ans, proportion qui a atteint un record depuis 15 ans). C'est donc au pays du crédit roi que se sont développés les fameux "subprime", ces crédit risqués car à taux révisables (quand les taux sont bas tout va bien, mais ce n'est plus le cas s'ils montent) qui ont été octroyés principalement à des ménages à faibles revenus, qui s'étaient vu refuser un prêt "normal". Ces subprime représenteraient selon certaines sources plus de 20% des crédits immobiliers américains.

Evidemment, dans un contexte de taux d’intérêt bas – ce qui était le cas en 2001 – les échéances étaient raisonnables, par rapport aux revenus de ces ménages. Mais depuis 2001, la situation a changé et les taux ont monté aux Etats-Unis, passant de 2,5% en octobre 2001 à 5,25% aujourd’hui (pour le taux directeur de la réserve fédérale). Cela signifie concrètement que les ménages américains, pour lesquels le taux du prêt a été révisé en fonction de la hausse des taux, doivent désormais débourser en moyenne entre 250 et 450 dollars de plus par mois (pour un ménage avec 1 500 dollars de revenus mensuels). Le calcul est vite, ils ne peuvent tout simplement plus payer. Selon l’édition du 6 août de la Tribune citant une étude du Crédit Suisse, la situation pourrait encore s’aggraver, puisque « octobre sera le mois qui verra le plus grand nombre de ces prêts révisés à la hausse. Environ 50 milliards de dollars de prêts seront affectés. Et tous les mois d’ici à septembre 2008, plus de 30 milliards de dollars de prêts seront ainsi revus à la hausse chaque mois contre quelques milliards de dollars par mois seulement il y a 2 ans ».

La situation est évidemment dramatique : on estime que plus de la moitié des foyers ayant souscrit ce genre de prêt (soit 1,7 millions sur un total de 3,2millions) devront vendre le bien immobilier qu’ils avaient acheté à crédit… ce qui entraînera une chute des prix (le produit de la vente permettant alors à peine de rembourser le prêt). Face à la situation, le président américain George Bush a exprimé son « enormous empathy » (sa grande sympathie) auprès de celles et ceux qui de fait ont perdu leur maison. Pour autant il se refuse à condamner le système et appelle seulement à plus de « transparence » dans les conditions d’octroi de ces crédits. De son côté, Hillary Clinton a condamné les pratiques déloyales des organismes ayant accordé ces prêts et a proposé la création d’un fonds fédéral doté de 1 milliard de dollars pour aider les emprunteurs, afin de leur éviter de se retrouver à la rue.

Dramatique pour les petits emprunteurs américains, cette situation a entraîné au cours des 3 dernières semaines des turbulences – une crise ? – financières mondiales. Or, comment l’emprunteur ruiné du Texas peut-il avoir une influence sur la bourse de Paris, et donc sur les liquidités des sociétés françaises ?

Tout simplement, parce que l’argent des prêts était indirectement fourni par des investisseurs mondiaux, entre autres des fonds de pension. Grosso modo, ces investisseurs avaient plusieurs options pour placer leur argent : soit des obligations d’Etat qui dans un contexte de taux bas, rapportaient peu, soit des fonds investis dans des actifs plus risqués – les fameux subprime - qui offraient un potentiel de gain plus élevé (en fait, le schéma n'est pas aussi direct, mais il revient à cela). Quand les ménages américains ont massivement commencé à ne plus pouvoir rembourser, les dits fonds ont fait savoir à ces investisseurs que la « valeur de leur argent » avait chuté.

De manière très schématique, pour honorer leurs engagements financiers, ces fonds ont commencé à vendre leurs autres actifs, ceux qui n’étaient pas affectés par la crise du subprime, par exemple des actions. Et comme les ventes ont été massives, cela a entraîné une chute des marchés boursiers mondiaux.

Les banques centrales ont bien perçu le danger que pouvait entraîner une débâcle mondiale : la semaine dernière, la Banque Centrale Européenne (BCE) a injecté 95 milliards d’euros (ce qui est équivalent à 6% du PIB français !), la FED 24 milliards de dollars.

Il est bien trop tôt pour tirer hâtivement des conclusions sur ce qui est en train de se passer. Néanmoins, on ne peut que constater les dérives d’un système où le politique a abdiqué toute volonté économique :

(i) les dérives des subprime résultent d’une absence de protection du consommateur par la puissance politique
(ii) les fonds de pension constituent un incroyable levier, qui masque l’ampleur des problèmes que la puissance politique s’est refusé de trancher. Comme nous vivons plus vieux, les montants de retraite à payer augmentent. Dès lors les fonds de pension sont contraints d’aller chercher des rendements de plus en plus élevés pour payer ces retraites, conduisant aux pires excès. C’est ce qui s’est passé avec les subprimes.


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05 août 2007

Antonioni et Bergman

Hasard de la vie ou symbole d’une communauté de destin, ces deux génies du cinéma sont morts le même jour, le 30 juillet dernier. L’un était du Nord, l’autre du Sud ; l’un a porté à l’écran des perspectives fuyantes, des architectures semblables à des peintures de la Renaissance, l’autre a mis sur pellicule le théâtre et ses visages singuliers.

S’ils ne se sont pas inscrits dans la lignée des cinéastes militants au sens classique du terme, leur œuvre n’a pour autant cessé de questionner la place et l’adaptation de l’individu au monde qui l’entoure, adaptation indispensable à sa survie.

Je me souviens d’une image extraordinaire du « Désert rouge » d’Antonioni : Monica Vitti, seule face à une immense construction métallique, l’usine que dirige son mari. Tout n’y que vide, vide social et idéologique, pour reprendre le mot des frères Dardenne. Et pourtant, Antonioni voudrait montrer qu’il y a une certaine beauté dans le progrès, et dans le progrès industriel « Mon intention au contraire, encore que l'on sache souvent très bien d'où l'on part mais nullement où l'on aboutira, était de traduire la beauté de ce monde où même les usines peuvent être très belles. […]. C'est un monde riche, vivant, utile ». Dès lors, la problématique me semble d’emblée posée : comment faire en sorte que cette « beauté du progrès » puisse se traduire en termes de progrès social, qu’elle puisse dépasser l’image d’un individu écrasé par ce progrès dont il ne serait que l’instrument ? Pour Antonioni, il n’y a pas d’autre issue que l’adaptation «il faut que les jours qui viennent soient meilleurs ».

Quant à l’œuvre de Bergman, il est sans doute plus difficile d’y détecter un « message politique » au sens où nous l’entend habituellement (sauf erreur de ma part, je ne crois pas qu’il ait jamais montré d’usines dans ses films !). Les questionnements y sont certes multiples, mais plus personnels : de la solitude à l’enfance, ou encore à la mort.

Pour conclure, voici un extrait du Désert rouge (Antonioni) dénichés sur Internet.




VR


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04 août 2007

Comment résoudre l'équation mathématique du paquet fiscal ?



Si nous comprenons bien les déclarations reprises dans la dépêche AFP ci-dessous, les 13,8 milliards d’euros dépensés par le gouvernement pour son paquet fiscal contribueront, selon la Ministre de l'économie, pour 0,3 point de croissance. Or ces 0,3 points de croissance supplémentaire représentent grosso modo 5,5 milliards d’euros de richesse créée en plus.

Faut-il donc comprendre que les 8 autres milliards d’euros (13,8 – 5,5) dépensés n’auront aucune utilité économique, et qu’ils sont de purs cadeaux fiscaux ?


Extrait d’une dépêche AFP
"Paquet fiscal": Mme Lagarde prévoit un surplus de 0,3 point de croissance
La ministre de l'Economie Christine Lagarde a estimé que le projet de loi sur le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat (TEPA), dit "paquet fiscal", définitivement adopté mercredi par le Parlement, allait contribuer pour 0,3 point à la croissance.

"Le prévisionnel de croissance pour l'année prochaine est de 2,5 points, dont une partie est attribuable certainement à ce choc de croissance et à ce choc de confiance que nous espérons déclencher par ce TEPA", a déclaré Mme Lagarde en quittant le Sénat après le vote de son texte.

Quant à la part attribuable réellement aux dispositions du projet de loi, elle a répondu: "On peut chiffrer très certainement sur 0,3 (point de croissance), peut-être un peu plus."


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03 août 2007

Paquet fiscal et turbulences mondiales


“The world economy is strong and I happen to believe one of the main reasons why is because we remain strong” (l’économie mondiale est forte et je crois qu’une des raisons à cela tient à la force de l’économie américaine). Tels furent les propos du président Bush à la sortie d’une réunion avec des économistes.

Comme l’a fait malicieusement remarqué le quotidien britannique (de sensibilité de gauche) « The Guardian », les marchés financiers ne semblent pas avoir été impressionnés par l'analyse, et ont continué à « déballer ».

Nous reviendrons sur les raisons de ce qui pourrait bien devenir une crise financière. En tous les cas, il est plus qu’intéressant de s’interroger sur les réactions à ce stade des différents gouvernements. Alors que le gouvernement français balance des milliards de cadeaux fiscaux aux plus aisés et n'a pas formulé le moindre commentaire sur ce qui est en train de se passer (en tous les cas, nous n'en avons pas trouvé), la présidence américaine tente la méthode coué pour maintenir le système financier mondial, qui pourrait bien s’ébranler sous le poids de la dette des ménages américains (nous y reviendrons) et de son déficit public abyssal.

Plus inquiétant, le Financial Times du 2 août révèle que le gouvernement allemand a dû monter dans l’urgence une opération de sauvetage de la banque IKB qui a annoncé une forte chute de ses revenus du fait de son exposition aux crédits accordés aux ménages américains, chute apparemment susceptible de menacer la stabilité financière globale. Dès dimanche soir, le ministre des finances allemand contactait plusieurs des présidents des grandes banques allemandes, publiques (entre autres les caisses d’épargne régionales) et privées, pour injecter des liquidités dans IKB. Selon des rumeurs, le régulateur financier allemand aurait appelé à la plus grande prudence face à une crise bancaire qui pourrait bien être la plus grave depuis 1931 (Financial Times du 2 août).



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