Sortir de l'impasse - Le débat économique par des militants socialistes

22 décembre 2007

A quoi servent les richesses produites par les entreprises américaines ?

Image : Atlas soutenant le monde, devant le Rockefeller Center de la 5ème avenue à New York


Nous le disions hier, nous avons trouvé ces derniers temps dans la presse anglo-saxone plusieurs articles / points de vue s’interrogeant sur le modèle capitaliste, voire le remettant en cause. Il y a évidemment toujours eu des journalistes pour s’interroger sur ce modèle, toutefois la multiplication de ces articles est clairement un phénomène nouveau.

Une entreprise a le choix de l’allocation des richesses qu’elle produit : soit elle en fait bénéficier ses salariés via des augmentations de salaire, des primes ou de l’épargne salariale, soit elle en fait bénéficier ses actionnaires via le versement de dividendes ou les rachats d’actions, soit elle les garde pour elle afin de financer ses investissements futurs. Nous l’avions déjà évoqué l’an dernier, la tendance est au rachat d’action. Le rachat d’action consiste pour une société donnée à racheter ses propres actions, l’objectif derrière étant de « booster » le cours de l’action et le rendement pour les actionnaires restants (grosso modo, on réduit le nombre de personnes avec lesquelles on partage le gâteau).

Dans une étude qu’elle vient de publier, l’agence de notation Standard & Poor’s révèle un nouveau record de rachat d’actions de la part des 500 plus grosses entreprises américaines (celles de l’indice S&P 500) au 3ème trimestre 2007. Plus incroyable encore, le montant de rachat d’action sur les 3 dernières années pour ces mêmes entreprises (1 318 milliards de dollars) vient de dépasser le montant des investissements qu’elles ont réalisés (1 276 milliards de dollars) ainsi que le montant de dividendes qu’elles ont versés (605 milliards de dollars) ou encore de celui alloué à la R&D (376 milliards de dollars), toujours sur la même période.

Ainsi donc les richesses créées par les 500 plus grosses entreprises américaines ont servi avant tout à racheter leurs propres actions. Il est fort à parier que même les grands capitaines d’industrie du début du siècle dernier – que nul ne soupçonnerait de connivence socialiste - ne s’y retrouveraient sans doute pas. C’est ainsi que Henry Ford, le fondateur de la marque de voitures américaine avait déclaré que « la principale utilisation du capital n’est pas de générer plus d’argent, mais de faire en sorte que l’argent fasse plus pour l’amélioration de la vie » («The highest use of capital is not to make more money, but to make money do more for the betterment of life»).


Il est évident que cette tendance, faute d’ambition et d’objectifs en terme de création, risque à terme de peser sur les investissements, sur la pérennité des entreprises et par là même sur la création d’emplois.

Quant à « booster » le cours de l’action, même cet objectif ne semble plus atteint à en croire un article publié le 15 décembre dans le Financial Times. Cet article cite une étude de brokers selon laquelle il y aurait moins de 50% de cas pour lesquels un rachat d’action aurait conduit à une amélioration du prix (« there was less than a 50 per cent chance that a share buy-back would now lead to a company’s share price outperforming»).

Après les entreprises sans usine, va-t-on voir les entreprises sans projet ?

Liens vers
L’article du Financial Times : http://www.ft.com/cms/s/37f6821a-aa9d-11dc-a779-0000779fd2ac.html
L’étude de S&P sur les rachats d’action : http://www2.standardandpoors.com/spf/pdf/index/121307_SP500_THREE_YEARS_OF_BUYBACKS.pdf