Sortir de l'impasse - Le débat économique par des militants socialistes

10 août 2007

Dure semaine pour la finance mondiale : la BCE et la Réserve fédérale américaine viennent à la rescousse, le gouvernement français toujours silencieux

Photo d'une maison "discountée" suite à la crise du subprime




Les turbulences financières que nous soulignions il y a une semaine se sont poursuivies, et ce n’est sans doute pas fini.

Comment en est-on arrivé là ?

Tout a commencé aux Etats-Unis, au pays où l’emprunt est roi : 75% des Américains ont un crédit, soit sous la forme d’un crédit consommation, soit sous la forme d’un prêt immobilier, soit les 2. A titre de comparaison, cette proportion est de 52% en France (58% chez les moins de 30 ans, proportion qui a atteint un record depuis 15 ans). C'est donc au pays du crédit roi que se sont développés les fameux "subprime", ces crédit risqués car à taux révisables (quand les taux sont bas tout va bien, mais ce n'est plus le cas s'ils montent) qui ont été octroyés principalement à des ménages à faibles revenus, qui s'étaient vu refuser un prêt "normal". Ces subprime représenteraient selon certaines sources plus de 20% des crédits immobiliers américains.

Evidemment, dans un contexte de taux d’intérêt bas – ce qui était le cas en 2001 – les échéances étaient raisonnables, par rapport aux revenus de ces ménages. Mais depuis 2001, la situation a changé et les taux ont monté aux Etats-Unis, passant de 2,5% en octobre 2001 à 5,25% aujourd’hui (pour le taux directeur de la réserve fédérale). Cela signifie concrètement que les ménages américains, pour lesquels le taux du prêt a été révisé en fonction de la hausse des taux, doivent désormais débourser en moyenne entre 250 et 450 dollars de plus par mois (pour un ménage avec 1 500 dollars de revenus mensuels). Le calcul est vite, ils ne peuvent tout simplement plus payer. Selon l’édition du 6 août de la Tribune citant une étude du Crédit Suisse, la situation pourrait encore s’aggraver, puisque « octobre sera le mois qui verra le plus grand nombre de ces prêts révisés à la hausse. Environ 50 milliards de dollars de prêts seront affectés. Et tous les mois d’ici à septembre 2008, plus de 30 milliards de dollars de prêts seront ainsi revus à la hausse chaque mois contre quelques milliards de dollars par mois seulement il y a 2 ans ».

La situation est évidemment dramatique : on estime que plus de la moitié des foyers ayant souscrit ce genre de prêt (soit 1,7 millions sur un total de 3,2millions) devront vendre le bien immobilier qu’ils avaient acheté à crédit… ce qui entraînera une chute des prix (le produit de la vente permettant alors à peine de rembourser le prêt). Face à la situation, le président américain George Bush a exprimé son « enormous empathy » (sa grande sympathie) auprès de celles et ceux qui de fait ont perdu leur maison. Pour autant il se refuse à condamner le système et appelle seulement à plus de « transparence » dans les conditions d’octroi de ces crédits. De son côté, Hillary Clinton a condamné les pratiques déloyales des organismes ayant accordé ces prêts et a proposé la création d’un fonds fédéral doté de 1 milliard de dollars pour aider les emprunteurs, afin de leur éviter de se retrouver à la rue.

Dramatique pour les petits emprunteurs américains, cette situation a entraîné au cours des 3 dernières semaines des turbulences – une crise ? – financières mondiales. Or, comment l’emprunteur ruiné du Texas peut-il avoir une influence sur la bourse de Paris, et donc sur les liquidités des sociétés françaises ?

Tout simplement, parce que l’argent des prêts était indirectement fourni par des investisseurs mondiaux, entre autres des fonds de pension. Grosso modo, ces investisseurs avaient plusieurs options pour placer leur argent : soit des obligations d’Etat qui dans un contexte de taux bas, rapportaient peu, soit des fonds investis dans des actifs plus risqués – les fameux subprime - qui offraient un potentiel de gain plus élevé (en fait, le schéma n'est pas aussi direct, mais il revient à cela). Quand les ménages américains ont massivement commencé à ne plus pouvoir rembourser, les dits fonds ont fait savoir à ces investisseurs que la « valeur de leur argent » avait chuté.

De manière très schématique, pour honorer leurs engagements financiers, ces fonds ont commencé à vendre leurs autres actifs, ceux qui n’étaient pas affectés par la crise du subprime, par exemple des actions. Et comme les ventes ont été massives, cela a entraîné une chute des marchés boursiers mondiaux.

Les banques centrales ont bien perçu le danger que pouvait entraîner une débâcle mondiale : la semaine dernière, la Banque Centrale Européenne (BCE) a injecté 95 milliards d’euros (ce qui est équivalent à 6% du PIB français !), la FED 24 milliards de dollars.

Il est bien trop tôt pour tirer hâtivement des conclusions sur ce qui est en train de se passer. Néanmoins, on ne peut que constater les dérives d’un système où le politique a abdiqué toute volonté économique :

(i) les dérives des subprime résultent d’une absence de protection du consommateur par la puissance politique
(ii) les fonds de pension constituent un incroyable levier, qui masque l’ampleur des problèmes que la puissance politique s’est refusé de trancher. Comme nous vivons plus vieux, les montants de retraite à payer augmentent. Dès lors les fonds de pension sont contraints d’aller chercher des rendements de plus en plus élevés pour payer ces retraites, conduisant aux pires excès. C’est ce qui s’est passé avec les subprimes.

1 Comments:

  • Dans son post "Oseille, blé et crise financière", Laurent Guerby propose plusieurs éclairages intéressants.

    http://guerby.org/blog/index.php/2007/08/20/165-ble-oseille-et-crise-financiere

    By Blogger Sortir de l'impasse, at 10:56 PM  

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