Sortir de l'impasse - Le débat économique par des militants socialistes

06 décembre 2008

Manifesto 2009 : on l'a !


Photo publiée sur le site du PSE : militants du PSE à Madrid (http://photos.pes.org/fr/categories/conseil-du-pse-madrid/session-manifesto-1/445)


Excepté celui de Madrid il y a quelques jours, nous avons été de tous les rendez vous des militants du PSE : de leur « reconnaissance officielle » à Bruxelles en mai 2006, à la 1ère table ronde que nous avons organisée à Porto en décembre 2006 en passant par leur séminaire de travail à Vienne en juillet 2008 ou aux différentes contributions au Manifesto.

Cette aventure extraordinaire, structurée il y a moins de 2 ans, a débouché sur le « Manifesto », c'est-à-dire les propositions que nous, Socialistes européens, porterons devant nos électeurs en juin prochain. C’est la 1ère fois que les Socialistes français pourront dire à leurs électeurs « voyez, ce sur quoi, nous nous sommes d’ores et déjà mis d’accord avec nos partenaires socialistes européens ». C’est la 1ère fois que nous porterons un programme qui ne sera pas franco français mais véritablement européen.

Désormais, à nous de le faire vivre d’ici juin 2009 !

Manifesto : http://www.pes.org/downloads/PES_manifesto_2009-EN.pdf

Bruxelles, mai 2006 : le lancement des militants du PSE
http://sortir-impasse.blogspot.com/2006/05/wilkommen-welcome-bienvenue-benvenuto.html

Porto décembre 2006 : une nouvelle génération d’acteurs européens
http://sortir-impasse.blogspot.com/2006/12/congrs-du-pse-acte-3-une-nouvelle.html

Manifesto : les fonds souverains (novembre 2007)
http://sortir-impasse.blogspot.com/2007/11/manifesto-2009-cest-parti.html

Manifesto : l’Europe paie la moitié de l’addition sur la crise financière (juin 2008)
http://sortir-impasse.blogspot.com/2008/06/manifesto-2009-les-etats-unis-coupables.html

Manifesto : le futur des PME / PMI en Europe (décembre 2007)
http://sortir-impasse.blogspot.com/2007/12/manifesto-2009-leurope-et-les-pmes.html


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18 novembre 2008

Tribune dans le Monde : Nicolas Sarkozy en Europe

Nicolas Sarkozy en Europe : le tout à l'ego, par Pierre Moscovici, Karine Berger et Valérie Rabault

Cette tribune a été publiée dans le Monde daté du 28 octobre 2008.

"Suis-je devenu socialiste ? Peut-être." Cette déclaration devant le Parlement européen du président de la République française et du président, hautement temporaire, de l'Union européenne pourrait faire éclater de rire si la situation n'était pas si grave. Certes, Nicolas Sarkozy ne revendique pas d'être socialiste français, ce qui en dit long sur sa conception très particulière de l'"unité nationale" : même en temps de présidence européenne, le chef de l'UMP ne peut s'empêcher de continuer à faire un peu de politique politicienne.

Le président français est-il vraiment devenu un socialiste européen ? S'est-il par exemple rendu à la grande réunion du Parti socialiste européen qui rassemblait en juillet à Vienne les militants des partis socio-démocrates et socialistes de toute l'Europe ? Nous ne l'y avons pas vu. A moins que nous ne l'ayons pas reconnu dans la foule des camarades britanniques, autrichiens, italiens, hollandais, hongrois... tout autant que luxembourgeois, tchèques et suédois ?

Qu'auraient d'ailleurs dit ces socialistes venus de toute l'Europe pour travailler ensemble à un programme commun pour les prochaines élections européennes de 2009 s'ils avaient su que ce même Nicolas Sarkozy estimait - d'après son entourage - que la République tchèque et la Suède n'étaient pas au niveau pour présider l'Union européenne l'année prochaine et qu'il était donc irresponsable de leur laisser seules cette tâche ? Qu'il était nécessaire de doubler les futures présidences thèque et suédoise de l'Union d'un Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro ?

Que l'utilité de Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois, qui préside l'Eurogroupe, se volatilisait en l'espace d'un discours ? Qu'il fallait, par la force si nécessaire, imposer à tous nos partenaires européens que la France assume cette présidence pour douze mois supplémentaires ? Qu'il n'y avait à vrai dire que Nicolas Sarkozy en personne, et nul autre, à être de taille à sauver l'Europe ?

Que la seule rivalité que notre président voulait bien accepter en la matière était la compétence britannique, sans doute parce que contraint d'admettre que son plan de sauvetage n'était qu'une copie de celui imaginé par Gordon Brown. Et que, malgré quarante années d'efforts diplomatiques, le secrétaire d'Etat français aux affaires européennes pouvait d'un revers de main balayer la légitimité de deux nations sans que cela s'apparente à un putsch ?

Pour poursuivre son rêve de se comporter en maître du monde - de l'Europe en tout cas -, Nicolas Sarkozy n'hésite pas à montrer son mépris des "petites" nations européennes, son peu d'estime pour les institutions européennes, il néglige une fois de plus l'Allemagne, il ose inventer une instance qui n'existe pas pour prolonger l'expérience enivrante qu'il vit à travers la présidence de l'Union européenne.

Nos camarades tchèques et suédois auraient été scandalisés s'ils avaient découvert un tel socialiste européen dans leurs rangs. A vrai dire, c'est l'ensemble des Européens qui peut l'être. Car la suffisance française a toujours agacé, mais n'avait pas encore atteint ce point, qui déstabiliserait le travail commun. Les incohérences de notre président n'avaient, jusque-là, fait qu'activer quelques plumes acerbes, notamment outre-Rhin ou outre-Manche.

Mais face à un tel déni de reconnaissance mutuelle, face à un tel narcissisme, la réponse sera celle de la colère... ou de la commisération. La présidence française de l'Europe ne manque pas d'énergie - même si elle n'a pas brillé par sa rigueur.

Plutôt que de laisser libre cours à sa mégalomanie, M. Sarkozy ferait mieux de penser à faire avancer les dossiers de fond - à commencer par le développement durable, l'énergie, le redémarrage de l'Europe politique - et de préparer la nécessaire relance européenne face à la récession qui nous touche. Une présidence de l'Union européenne est toujours un maillon dans une chaîne, elle hérite du travail de ceux qui l'ont précédée et passe le relais à ceux qui lui succèdent : le président français devrait être moins préoccupé de son ego, et davantage de la cause de l'Europe.

Un socialiste européen se bat contre le repli sur soi, comme François Mitterrand nous y avait exhortés en 1995 devant le Parlement européen, afin de construire une Europe qui nous éloigne des "politiques aventureuses du chacun pour soi et de l'isolationnisme". Quand, en 1984, ce même François Mitterrand saisit la main d'Helmut Kohl à Douaumont, il ne le fit pas pour lui, il le fit pour l'histoire de deux peuples et le devenir de l'Europe. Quelle main européenne jugez-vous encore digne d'être saisie par vous, M. Sarkozy ?

Pierre Moscovici, député (PS) du Doubs ;

Karine Berger, économiste, membre du Conseil national du PS ;

Valérie Rabault, économiste, secrétaire de section.

Retrouvez la tribune sur le site du Monde


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03 juin 2008

Manifesto 2009 - Les Etats-Unis coupables : l'Europe paie la moitié de l'addition sans broncher


En cliquant sur ce lien, vous trouverez le dernier post de SdI (en anglais) sur le site de Manifesto 2009 du Parti Socialiste Européen.

http://www.manifesto2009.pes.org/en/eu-in-the-world/post/514


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25 avril 2008

Elections

Bonjour à toutes et tous,

Nous avons un peu déserté SdI du fait des élections municipales, cantonale pour Karine les 11 et 18 mars (www.karineberger.fr), et cantonale (partielle) pour Valérie les 20 et 27 avril (www.valerierabault.fr).

Mais nous reviendrons très prochainement !
A bientôt


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12 février 2008

Crise financière (4) : "D'accord pour ne rien dire"



Tous les quotidiens se l’accordent : le G7 n’a pas démontré une volonté politique suffisante pour reprendre la main sur la crise. « G7 : d’accord pour ne rien dire » titrait le Journal du Dimanche, « le sommet de Tokyo a offert une nouvelle preuve de l'inefficacité de ces rendez-vous. […] Encore les marchés se sont-ils habitués au fil du temps à limiter leurs espérances. Mais, cette fois-ci, ils ont pu en outre prendre en compte l'aveu d'impuissance des membres du sommet de Tokyo », renchérissait la Tribune ».

C’est grave, nos leaders politiques semblent ne plus vouloir donner de direction, ni prendre de décisions. Ils ont à peine évoqué les taux de change, n’ont rien dit sur le subprime si ce n’est l’appel aux banques à publier toutes leurs pertes – ils ne pouvaient quand même pas faire moins –… bref, ils n’ont donné aucune directive économique et se sont contentés d’afficher quelques bonnes intentions dont on sait pertinemment qu’elles n’auront aucun effet.

Parce que nous n’acceptons pas que le pouvoir politique ne prenne pas ses responsabilités, voici un début de propositions que nous soumettons au débat et qu’il conviendra d’enrichir au fil du temps.

1/ Inscrire à l’ordre du jour du Parlement un débat annuel sur la situation des marchés financiers, avec des représentants des banques, le Gouverneur de la Banque de France et des agences de rating. Alors que le Parlement européen et de nombreux parlements nationaux se sont saisis de sujets complexes liés aux activités financières (les LBOs, les hedge funds, l’impact des fonds quantitatifs sur les prix et les volumes de titres échangés), le Parlement français ne s’y est pas encore attelé. Or le marché est devenu un acteur économique comme un autre et il est indispensable de le prendre en compte pour une réflexion globale.

Lors de ce débat, devront être présentés clairement un état macro des principales tendances ainsi qu’une présentation quantifiée des risques portant tant sur le bilan que le hors bilan, à la fois des banques mais aussi de toutes les structure adjacentes (hedge funds, véhicules de titrisation, « rehausseurs de crédit » (monolines).

En particulier, un point précis devra être présenté sur les innovations financières. On constate que chaque nouvelle crise porte quasiment sur la dernière innovation en date… pour laquelle, par définition, les leçons tirées de la crise précédente ne peuvent s’appliquer.

2/ Engager une réflexion avec nos partenaires européens sur les organismes non régulés et échappant à la consolidation : hedge funds, véhicules de titrisation. On le voit bien, la crise s’est certes propagée via les banques, mais ce ne sont pas elles qui l’ont initiée mais bien les organismes non régulés.

3/ Demander à la Cour des Comptes de mener un audit précis des investissements opérés par les collectivités locales. En particulier, il s’agira de s’assurer qu’aucun investissement dans des produits dérivés n’est entrepris. Cet audit devra faire l’objet d’une présentation devant le Parlement.



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09 février 2008

Crise financière (3) : une crise avant tout des choix politiques ?

Depuis août 2007, on a peu entendu le Président de la République – rarement avare de déclarations – s’exprimer sur la crise du subprime. Pas plus d’ailleurs que le Premier Ministre ou la Ministre de l’Economie et des Finances qui depuis le début s’est accrochée à la méthode Coué pour nous persuader que la croissance française ne serait pas affectée… comme si la crise allait s’arrêter à nos frontières.

Face à une crise financière que d’aucuns qualifient d’exceptionnelle par son ampleur et sa durée – et nous faisons partie de ceux-là – le nouveau pouvoir en France fait très pâle figure.

Exceptionnelle, cette crise l’est aussi parce que contrairement aux précédentes, elle pourrait bien révéler que les pays qui sont et seront les plus touchés sont avant tout ceux où le politique a abdiqué une partie voire la totalité de sa volonté économique: les Etats-Unis bien sûr, mais aussi le Royaume Uni et – de manière plus inattendue – l’Allemagne.
Fin août 2007, nous consacrions la totalité de la newsletter n°13 (http://sortir.impasse.free.fr/Letter.htm) aux turbulences financières soulevées par les subprimes américains, parce que nous étions convaincus qu’il s’agissait là des prémices d’une crise qui grèverait significativement la croissance française et qui bouleverserait durablement le capitalisme que nous connaissons aujourd’hui et face auquel nous tentons de trouver des politiques qui permettent d’atteindre des objectifs de gauche : c'est-à-dire de l’efficacité économique et sociale.

Aujourd’hui, les marchés financiers sont totalement déboussolés, tellement déboussolés qu’on entendait les promoteurs de la « main invisible du capitalisme » réclamer, au Forum Economique de Davos, un leadership : « les marchés ont besoin d’une seule chose : d’un leadership, que ce soit à un niveau régional ou mondial ».

Si on ne veut pas que ce leadership soit à nouveau capté par les seules forces du marché, il faut que le politique revienne dans l’arène et reprenne les commandes de manière intelligente. On vous l’accorde volontiers : on sait que ce n’est pas la droite française qui pourra jouer ce rôle. C’est pour cela qu’il faut que le PS et ses alliés du PSE reconstruisent un corpus de propositions qui permettent d’atteindre cet objectif.

Comment la crise du subprime a éclaté ?

Tout a commencé aux Etats-Unis où certains organismes de crédit spécialisés (pas des banques) ont proposé à leurs clients qui s’étaient vu refuser des prêts « classiques » par leurs banques, des crédits à taux variables pour acheter leur maison, qui elle-même était prise en garantie. Dès le départ, ces organismes savaient qu’une part importante de leurs clients ne serait pas en mesure de rembourser le prêt, ni même d’en payer les intérêts. Le pari sous-jacent était que le prix de l’immobilier monterait suffisamment pour que la valeur des maisons hypothéquées augmente et que le prix de revente soit suffisant pour rembourser le crédit et payer les intérêts. Autre disposition : comme les clients étaient plus « risqués » (car avec une probabilité importante de ne pouvoir rembourser), les taux d’intérêt qui leur étaient appliqués étaient plus élevés. Implicitement, ces organismes savaient que pour que le modèle fonctionne, certains clients seraient contraints, faute de ressources suffisantes pour payer les intérêts, de revendre leur maison bien avant la fin du crédit.

Pourquoi la crise du subprime s’est-elle propagée ?

Le métier des banques et par extension celui des marchés financiers est de mettre en relation les acteurs qui ont de l’argent et qui souhaitent « le placer », et ceux qui n’en ont pas, et qui souhaitent en emprunter pour investir et mener à bien leurs projets. Evidemment, ceux qui ont de l’argent seront tentés de le prêter à celui qui leur offrira la meilleure rémunération. C’est ce qui s’est passé pour les organismes de crédit : grâce aux taux d’intérêt plus élevés appliqués à leurs clients, ils pouvaient offrir une rémunération supérieure à celle provenant par exemple d’une obligation émise par un état.

La crise aurait pu rester circonscrite aux Etats-Unis, si le mécanisme que nous venons de décrire était resté purement américain. Du fait de l’explosion des marchés financiers internationaux, cela n’a pas été le cas. On a même vu des villes norvégiennes investir les recettes attendues de l’exploitation de barrages hydroélectriques dans du subprime américain (c'est-à-dire avoir prêté les recettes des barrages en échange d’une rémunération plus importante que celle qu’elles auraient eue si elles les avaient placées sur un compte sur livret)…et se retrouver aujourd’hui au bord de la faillite.

La crise a sans doute été propagée et amplifiée par le fait que la relation prêteur / emprunteur que nous venons de décrire ci-dessus n’était pas aussi « directe » que ce que nous avons dit du fait de la sophistication récente des marchés financiers. Il serait trop simple de dire que tout ceci est la faute à l’ingénierie financière : en temps « normal », c’est elle qui permet une meilleure fluidité des échanges entre prêteurs et emprunteurs. Toutefois, elle ne saurait être exonérée d’une réflexion sur ses modes de fonctionnement qui ont conduit la machine à se gripper.

Mais rappelons le : le responsable principal, c’est l’organisme de crédit américain qui a incité les petits emprunteurs à spéculer sur l’immobilier, pour pouvoir emprunter !

Royaume Uni et Allemagne sont aujourd’hui les deux pays européens les plus touchés, et ceci est une conséquence des choix gouvernementaux libéraux

On le voit au travers de ces deux exemples : à situation donnée équivalente – tous les pays sont confrontés à la crise financière -, il peut y avoir des conséquences différentes qui découlent directement des choix gouvernementaux qui ont été opérés. En l’espèce ce sont des choix libéraux… ce qui illustre à quel point il est faux de dire que le politique n’aurait plus d’action sur le marché. Le tout est de le vouloir et de définir des solutions intelligentes et efficaces.

Le cas du Royaume-Uni.

L’affaire de Northern Rock pourrait bien faire tomber le gouvernement travailliste de Gordon Brown au profit des Conservateurs. Vous vous souvenez sans doute comme nous des queues de petits épargnants anglais en août dernier, tentant de récupérer les économies qu’ils avaient déposées auprès de la banque Northern Rock. Le problème de cette banque est qu’elle prêtait beaucoup plus que le montant des dépôts qu’elle recevait ; elle était donc contrainte d’avoir d’autres sources de financement des prêts que les dépôts : avec la crise, ces sources ont disparu … mais évidemment pas les prêts faits aux clients. Pour tenter de calmer le jeu, Gordon Brown, par l’intermédiaire de la Banque d’Angleterre a accordé un prêt de 25 milliards de livres sterling…. se faisant ainsi accuser par les Conservateurs de vouloir nationaliser Northern Rock.

Mais l’inquiétude va au-delà car Northern Rock n’est pas la seule à être dans une situation déséquilibrée. Une étude publiée il y a quelques jours par l’Institute for Fiscal Studies (« IFS ») révèle que les banques anglaises prêtent largement plus que les dépôts qu’elles ont, si bien qu’elles sont contraintes d’aller chercher, dans des proportions plus importantes que leurs consoeurs européennes, des financements ailleurs, essentiellement via le marché de la titrisation (les banques créent des créances à partir des prêts qu’elles ont et les revendent sur le marché). Or ce marché est aujourd’hui, du fait de la crise, totalement bloqué.

A ce stade, aucune solution n’a été avancée pour résoudre la situation, ce qui pourrait paralyser durablement l’économie britannique.

Le cas de l’Allemagne

Dès août (http://sortir-impasse.blogspot.com/2007/08/plan-de-secours-pour-une-banque.html), deux banques publiques allemandes faisaient l’objet d’un plan de secours monté en urgence par le gouvernement fédéral. Là aussi, comment en est-on arrivé là ? Tout a commencé il y a deux ans environ avec la conjonction de deux phénomènes : les fameuses « Landesbanken » (banques crées par les autorités régionales au XIXème siècle afin d’assurer le financement des PMEs) ont vu leurs marges s’éroder sur leur marché local et surtout ont perdu la garantie d’Etat (qui leur permettait d’emprunter à moindre coût sur le marché mondial. Concrètement, elles pouvaient emprunter moins cher que leurs concurrentes privées). Pour compenser ces manques à gagner, elles ont fait comme les villes norvégiennes que nous citions plus haut, c'est-à-dire qu’elles ont investi dans des produits dérivés de crédit contenant du subprime.

Cet exemple est révélateur …. car c’est un changement de législation qui a incité ces banques publiques à prendre plus de risque, pour continuer à assurer la rentabilité qu’on attendait d’elles.

La crise en France

La crise, c’est un peu comme le nuage de Tchernobyl. Comme le gouvernement de droite l’avait fait en 1986, l’équipe Fillon voudrait nous faire croire qu’elle n’atteindrait pas la France….C’est évidemment tout simplement faux. Certes les banques françaises s’en sortent dans l’ensemble beaucoup mieux que leurs homologues américaines ou britanniques, elles sont néanmoins confrontées à une raréfaction de leurs sources de financement, et donc à une augmentation des taux. En toute logique, ceci devrait se traduire par une diminution du crédit octroyé aux entreprises, et donc à un recul des investissements.

Des collectivités locales américaines sévèrement touchées par la crise

En 1994, le comté d’Orange (« Orange County ») en Californie, l’équivalent d’une collectivité locale française, faisait faillite du fait de la gestion peu scrupuleuse de son trésorier qui avait spéculé sur les taux d’intérêt, entraînant avec elle la perte de confiance des investisseurs vis-à-vis des collectivités locales, qui dès lors pouvaient rencontrer de sérieuses difficultés pour emprunter. C’est dans ce contexte que des assureurs de crédit (« monolines ») qui donnent une garantie sur la base de l’analyse financière qu’ils établissent, ont vu leur rôle s’étendre. Munies de cette garantie, les collectivités locales américaines ont ainsi plus de facilité pour emprunter.

Seulement, là encore le modèle a dérapé puisque les fameux monolines, loin de se contenter de donner des garanties aux seules collectivités locales, se sont mis à en délivrer à des structures spéculant sur des produits de crédit (les fameux Collateralised Debt Obligations ou « CDO » contenant entre autres du subprime). Le 18 janvier dernier, l’un des principaux monolines, Ambac, a vu sa notation dégradée par les agences de rating, entraînant ainsi celle des notations de près de 100 000 collectivités locales américaines qui totalisent près de 500 milliards de dollars d’encours de crédit et qui de ce fait vont mécaniquement voir le coût de leur crédit augmenter.

Cet exemple est sans doute le plus révélateur du renoncement de la puissance publique aux Etats-Unis, qui de fait a abandonné les collectivités locales à leur propre sort, les laissant inventer des solutions ad-hoc pour tenter de s’en sortir... et finalement risquer l’effondrement.


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